Contrepoint : Les lieux communs de la rénovation urbaine

travaux

La Rive Droite vue d’ailleurs. En partenariat avec Aqui.fr, un regard sur 10 ans de projets de rénovation urbaine sur le territoire du GPV Rive Droite.

AQUI ! est l’un des médias en ligne les plus pertinents à l’oeuvre sur le territoire aquitain. De 2008 à l’automne 2010, la Rive Droite de Bordeaux et son Grand Projet des Villes ont fait l’objet d’une série d’articles retraçant les enjeux, les projets, les réalisations et le bilan des initiatives menées dans le cadre de ce grand travail de rénovation urbaine. A l’invitation de la rédaction d’AQUI ! , nous vous proposons de relayer cette série d’articles sur ce blog afin de conserver ce moment de l’histoire de notre territoire.

Difficile de dresser un bilan à mi-parcours du vaste chantier de rénovation urbaine qui est actuellement en cours sur les hauteurs de la Rive droite. Lancée en 1999 par les socialistes puis renforcée en moyens financiers par Jean-Louis Borloo à partir de 2003, la rénovation urbaine des « quartiers sensibles » part d’une idée simple : détruire les barres et les tours, accusées de tous les maux, pour les remplacer par des immeubles à « taille humaine ». La « démolition-reconstruction » serait la recette miracle, coûteuse mais efficace, pour guérir le « mal des banlieues ».

Les maires des villes concernées ont heureusement introduit un peu plus de nuances dans ce vaste « plan-buldozer » concoté à Paris. Ils ont obtenu des démolitions plus ciblées, des équipements collectifs, notamment scolaires et culturels, des espaces verts, une voirie améliorée, etc. On ne peut que se réjouir de voir des moyens financiers conséquents attribués à la rénovation de quartiers populaires qui ont été longtemp laissés à l’abandon : 30 milliards d’euros d’investissement sont annoncés pour la période 2007-2013. Les maires et les bailleurs sociaux ne s’y trompent pas : ils ont là l’occasion de reconstruire ou réhabiliter des bâtiments et des équipements vieillisants, dont certains arrivent en bout de course.

Trois problèmes

Il n’empêche, la politique de « démolition-reconstruction » menée par l’Agence Nationale de la Rénovation Urbaine (ANRU) pose trois problèmes :

– Elle absorbe les capacités d’emprunt des organismes HLM et demande beaucoup d’énergie sans créer un seul logement social de plus : selon les propres chiffres de l’ANRU, 95.000 logements locatifs sociaux seront construits en France pour 96.500 démolis. Un comble quand la Fondation Abbé Pierre évalue à 3,3 millions le nombre de mal-logés en France.

– Elle privilégie les petits immeubles et l’étalement urbain alors que, pour des raisons écologiques et pratiques, il faudrait rapprocher les lieux d’habitations des lieux de travail et de consommation.

– Si elle promeut la « mixité sociale », c’est au détriment des familles nombreuses, souvent d’origine immigrée, invitées à aller loger ailleurs, c’est-à-dire plus loin dans la banlieue, là où il y a encore de l’espace et du foncier moins cher.

Si certaines barres et tours disparaitront avec leur lourd passif, en terme de confort ou de voisinage, sans que personne ne les regrette (et les Hauts de Garonne en ont aussi quelques unes), d’autres offrent encore des logements spacieux et lumineux que beaucoup de locataires quitteront avec un pincement de coeur pour habiter dans plus petit et plus cher, ou plus loin.

Les quartiers bougent, leurs habitants aussi ?

Nous voici donc à un tournant dans notre façon de vivre la ville. Après la passion pour les « grands ensembles » des années 60 et 70, voici la mode du « small is beautifull » et de la résidentialisation. Chacun chez soi derrière son portail à digicode et dans son jardin privatif. Le développement du commerce de proximité et la limitation du « tout-voiture » ne semblent guère à l’ordre du jour. Il n’est pas sûr, qu’une fois de plus, la modernité soit des plus inventives, ni des plus audacieuses…

En tout cas, les quartiers bougent et ils seront aussi ce que les habitants, anciens et nouveaux, en feront. Ce peut être l’occasion de nouer de nouveaux contacts avec ses voisins, avec les élus ou les services municipaux et de quitter la posture du citoyen-consommateur qui se contente de voter tous les six ans pour l’équipe municipale qui semble offrir le meilleur service au plus léger taux d’imposition. Pour les habitants relogés comme pour les nouveaux arrivants, c’est une nouvelle vie qui commence… Autant d’histoires personnelles qui s’inscrivent dans une mutation collective où la ville est aussi à réinventer.

Vincent Goulet

Cet article a été publié le 9 avril 2008 sur Aqui.fr dans le cadre du grand dossier Hauts de Garonne : comment refaire la ville ?

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