Hamid Ben Mahi, faut qu'on parle !

Hamid Ben Mahi ; photo © Michel Gabriel Duffour

Floiracais, le danseur Hamid Ben Mahi et sa compagnie Hors-Série font rayonner la danse française dans le monde entier. Un portrait entre curiosité et admiration…

En me rendant à Floirac pour notre rendez-vous, je me demandais à quoi pourrait bien ressembler Hamid Ben Mahi « en vrai ». Un athlète de la danse, fin, émacié, tendu comme une corde de piano ? Un danseur de hip hop super-balèze, gros biscottos en sporstwear griffé ? Des photos de lui, il en existe, bien sûr, qui montrent le bonhomme au crâne lisse et au regard intense, mais en chair et en os, à quoi pouvait-il bien ressembler cette star Floiracaise, à la tête de sa propre compagnie – Hors-Série – depuis maintenant 11 ans, référence incontestée du crossover hip hop – danse contemporaine en France comme à l’étranger ?

Du tapis à la scène.

Le mélange des genres, il connaît bien, Hamid Ben Mahi. Ancien gymnaste, il a découvert la danse dans les années 80, sur les trottoirs et dans les gymnases. Un moment tenté par le rap, il s’est découvert meilleur danseur que tchatcheur et a intégré un cursus académique classique au conservatoire de Bordeaux avant de décrocher une bourse qui le mènera à Cannes, à l’école Rosella Hightower, puis à New York, à la Alvin Ailey School, rien que ça !

De retour à Bordeaux, il entre dans la carrière avec la désormais célèbre compagnie Rêvolution qui l’emmènera danser sur les plus grandes scènes du monde. Mais voilà, notre homme a un projet et ce projet passe par son indépendance. En 2000, le voici donc directeur de sa propre compagnie, la bien nommée Hors-Série, au sein de laquelle il va développer sa recherche d’une danse mêlant la rue et la scène, la fête et l’engagement, le sens et la performance, la recherche la plus exigeante et les rencontres artistiques. De tout cela sont nées huit pièces jouées près de cinq-cents fois dans près de vingt pays ; des ateliers qui font se rencontrer des artistes de tous horizons et public avec pour seul but de créer à chaque fois un creuset où talents et questionnements se rencontrent pour toujours porter sur scène les mêmes questions : l’identité, l’Histoire, la ville, le corps et ce qu’il a à dire sur tout cela.

Tout cela fait de lui le chef d’une entreprise bien singulière, jonglant avec ses collaborateurs d’une réunion sur la programmation à la préparation d’un atelier, d’un rendez-vous « politique » à la répétition d’une représentation (il danse tous ses spectacles), luttant sans cesse pour maintenir à flot sa compagnie dans ce que les plus diplomates d’entre nous appelleront un « contexte délicat », tant les financements de la création contemporaine se font rares.

Un danseur, des danseurs, des artistes, un public

Chez Hamid, la danse ne se limite pas à ses seules créations. Elle est à l’origine de multiples rencontres, dans ses Laboratoires, dans ses ateliers comme dans les stages qu’il anime ou dans sa participation régulière aux chorégraphies des parades du Carnaval des 2 rives. Mélangeant avec bonheur toutes les approches de la danse, il préside ainsi à des rencontres fertiles qui le font intervenir partout en France, de Belfort à Tremblay en passant par Marseille via la Lettonie.

Mais aujourd’hui, Hamid Ben Mahi a un nouveau projet. A Floirac. Il rêve d’un partenariat de longue durée avec la ville qui l’a vu éclore et héberge le camp de base de sa compagnie nomade. Un « compagnonnage », pour reprendre ses termes, dans lequel il pourrait développer des formes d’actions artistiques : programmation de spectacles, création de ses propres pièces, formations de danseurs, le tout réuni dans un lieu de danse pour tous les habitants où pourraient émerger des talents qui reprendraient le flambeau de la création et diffuseraient cette curieuse idée d’une danse chercheuse, exigeante et pourtant ouverte à tous.

Et pourtant il tourne.

Pendant ce temps, des spectacles se créent et se jouent. En ce moment, ces sont « La Géographie du danger » pièce adaptée d’un roman d’Hamid Skif sur le parcours d’un sans-papier et Beautiful Djazaïr qui célèbre les indépendances en questionnant leur postérité. A partir de la célébration prochaine du cinquantième anniversaire des accords d’Evian, Hamid Ben Mahi et son comparse, le metteur en scène et comédien Yan Gilg cherchent dans notre présent les traces de cette histoire toujours brûlante et les restituent dans un dialogue, où corps et voix réunis prouvent que la question post-coloniale n’est pas qu’un concept pour intellos, mais une réalité quotidienne pour tous ceux qui ont traversé cette histoire.

Alors c’est peut-être à ça que ressemble Hamid Ben Mahi, à un passeur calme et déterminé, qui avec les moyens dont il dispose – son corps, sa tête et son obstination  – travaille, enseigne, partage et vit dans son monde en artiste exemplaire, engagé, à Floirac.

Pour suivre l’actualité d’Hamid Ben Mahi, plus d’infos sur le site de la compagnie Hors-Série.

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