Sur le pont de l'Arawak

L'Arawak à quai

L’Arawak, ancien voilier de pêche breton de 30 mètres, a choisi Lormont comme port d’attache et propose à tous de découvrir la marine à voile traditionnelle.

Pas sûr que les automobilistes qui longent les quais de Garonne à Lormont l’aient aperçu, caché qu’il est par le long bâtiment blanc du port de Lormont. Pourtant, l’Arawak est bel est bien là depuis le début du mois de mai, déployant paisiblement ses 20 mètres hors tout le long du ponton, prêt à entamer sa saison d’été.

A bord, c’est Dominique Reynet qui nous accueille en compagnie de Sébastien, son fils, capitaine de ce beau navire. Pendant que Sébastien s’en va accomplir l’un des mille travaux quotidiens que nécessite un tel bateau, Dominique s’attache à nous en raconter l’histoire autour d’un café dans le vaste carré.

L’Arawak, né Refuge des marins, a été construit en 1953/54 aux Sables d’Olonne. Il s’agit de l’un des dernier thoniers en bois qu’aient abrité les ports français. Originellement basé au port d’Etel, il y retourne régulièrement, au grand bonheur des habitants qui ne l’appellent ni Refuge ni Arawak mais tout simplement « Le bateau ». Consciente de la valeur patrimoniale de son voilier, Dominique a d’ailleurs entrepris d’en recueillir les traces historiques. Du bon de commande aux chantiers Union et Travail en 1953 jusqu’aux livrets maritimes des membres de son équipage, elle possède nombre d’archives passionnantes, regroupées dans un cahiers plastifié. A cela s’ajoutent les fruits des innombrables rencontres faites aux cours des voyages : un charpentier qui lui donna quelques un des outils utilisés lors de la construction du bateau, les témoignages des habitants du port d’Etel ou ceux des anciens propriétaires, lui ont permis de reconstituer la vie agitée de ce bateau de travail.

Cigarettes, whisky et gros pépins.

De 1953 à 1985, Le Refuge des marins a donc connu une existence laborieuse de thonier à la ligne ou de chalutier, selon la saison, avec Etel pour port d’attache. En 1985, réformé, le bateau est racheté par un capitaine aventureux qui le reconvertit dans une activité commerciale aussi lucrative que risquée, la contrebande de cigarettes et d’alcool. Important d’Espagne ces denrées indispensables, il espère échapper aux taxes par la voie des mers. Las, la douane veille qui arraisonne bientôt le navire et le conserve aux bassins à flots de Bordeaux. Abandonné, le vieux bateau ne tarde pas a susciter des convoitises mal intentionnées et se voit pillé, tant et si bien qu’il finit par couler. Heureusement pour lui, un couple de plaisanciers remarque l’épave, la rachète, la renfloue et entreprend la longue aventure d’une restauration. A nouveau à flots, doté d’un nouveau gréement plus ample que le précédent – 380 m² de voilure aujourd’hui – le Refuge, rebaptisé Arawak afin d’échapper à la mauvaise réputation de son identité précédente, a servi ses nouveaux propriétaires, entre croisières et stages d’initiation à la marine ancienne pour des publics mélangés, favorisant la mixité sociale, sur les traces du Père Jaouen.

Cap au large.

Il y a 5 ans de cela, ses propriétaires se trouvant trop âgés pour continuer à entretenir un tel patrimoine, Dominique Reynet se propose d’en faire l’acquisition et constitue un groupe de copropriétaires désireux de maintenir le navire à flot. Thérapeute de profession, notre amie Dominique a déjà un projet, celui de permettre à des publics a priori peu destinés à pratiquer la voile traditionnelle de découvrir les plaisirs de la marine en bois et la vie à bord d’un vieux gréement, avec tous les plaisirs et toutes les contraintes que cela implique.

Depuis 5 ans, donc, l’Arawak et son jeune capitaine reçoivent à bord, tantôt des groupes de lycéens en période de décompression pré-baccalauréat, des handicapés moteurs ou déficients mentaux, des jeunes des quartiers, des séminaires d’entreprises ou de simples amateurs désireux de découvrir une manière différente de pratiquer la voile. L’Arawak bénéficie également d’un réseau de solidarités exceptionnel puisque de nombreux bénévoles contribuent à son entretien, sacrifiant un après midi, un weekend ou plus si affinités en échange d’une balade.

Mais l’Arawak est aussi fidèle a sa vocation de voyageur et emmène chaque été jeunes et moins jeunes pour de longues croisières, de La Corogne aux Vieux Gréements de Brest, où sa présence est toujours fêtée.

Sensible à l’histoire et au présent que représente l’Arawak et soucieuse de contribuer à sa préservation, la Ville de Lormont accueille à la belle saison le bateau à son ponton, juste sous le pont d’Aquitaine, et offre à ses habitants, jeunes des centres d’animations, lycéens, collégiens, la possibilité d’une découverte, le temps d’un après midi de bricolage ou d’une semaine de stage intensif. Dominique Reynet, de son côté, n’est pas en panne de projets. Entre le classement de l’Arawak au titre du patrimoine maritime, la recherche de sponsors et le développement de nouvelles actions thérapeutiques ou sociales, le carnet de bal du navire est fort rempli.

Quoi qu’il en soit, si l’envie vous prend d’aller voir de plus près à quoi ressemble un vrai vieux bateau à voile, de contribuer à son entretien, voire d’y naviguer, l’Arawak possède un fort utile site Web qui vous renseignera utilement.

D’ici là, bon vent à tous !

L'Arawak sous voiles

Dominique Reynet

à table

Arawak, poste de pilotage

Arawak, coursive

Arawak, sur le pont

Archives de l'Arawak : la commande

Archives de l'Arawak : un livret maritime

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