Novart, sur la Rive Droite, aussi

Hamid Ben Mahi / Novart 2013 © DR

La biennale bordelaise de la création contemporaine fait du chorégraphe floiracais Hamid Ben Mahi son directeur artistique et en profite pour investir la Rive Droite. Petit inventaire subjectif des événements qui nous intéressent…

Passé de festival annuel à biennale, le festival Novart, initié par la Ville de Bordeaux a décidé de revoir partiellement sa copie. D’abord en changeant de périodicité. D’annuelle, la manifestation devient biennale, histoire de se donner le temps de construire une programmation plus cohérente. Puis en imaginant une programmation thématique, cette année autour de l’improbable, histoire de laisser un peu de place au hasard et de rendre possibles des surgissements inattendus, des surprises, aussi bien pour les artistes que pour les spectateurs. Dernière bonne idée de cette édition de Novart, poser ses valises sur la Rive Droite. Du Cuvier de Feydeau à Artigues au Rocher de Palmer en passant par la M270 floiracaise, les compagnies invitées vont quitter la ville centre et donner un peu d’air des coteaux à leur création. Voici donc un rapide inventaire des spectacles qui se joueront sur la Rive droite ; inventaire auquel, pour le plaisir, nous avons rajouté les spectacles mettant Hamid Ben Mahi en scène.

Bien entendu, le programme est beaucoup vaste que ce bref aperçu pourrait le laisser croire. Les organisateurs de Novart ont eu la bonne idée de proposer un site Web joliment fait qui devrait répondre à toutes vos attentes et à toutes vos questions.

Jeudi 14 novembre – 18:00 – OARA Molière Scène d’Aquitaine – Bordeaux
D’Uzeste à geste / Bernard Lubat & Hamid Ben Mahi / Performance

Bernard Lubat et Hamid Ben Mahi. Deux noms que l’on n’a encore jamais associés, deux créateurs d’univers qui pourraient sembler s’ignorer, entre l’un, chantre de l’occitan musical, ancré dans une ruralité sud-girondine qu’il défend comme un étendard et l’autre, héraut d’une danse née dans les banlieues. Il a contribué à son métissage, création après création, en la mettant au service d’une parole engagée et de chronique de vie. Leur rencontre inédite et improvisée est celle de ces mondes mais aussi celle de deux artistes plongés dans leur art sans pour autant ignorer les autres.

De Bernard Lubat, on connaît au choix et dans le désordre le musicien (de jazz mais pas uniquement) poly-instrumentiste et improvisateur notoire, le stakhanoviste du jeu de mots tendance lacanienne qui révèle des sens cachés, le défenseur d’un occitanisme qui passe bien évidemment par Uzeste qui serait un peu sa gare de Perpignan… À 68 ans, à près de 50 ans d’une carrière prolifique mais jamais abandonnée aux sirènes d’un succès trop facile, il poursuit son travail de transmission, ayant créé dans le sud-Gironde une véritable « école d’Uzeste » qui irrigue la façon de pratiquer la musique dans ces lieux. Pour novart, c’est le maître improvisateur qui est invité pour des « États généreux de l’improvisation ». Mais les autres facettes de Lubat ne sont jamais bien loin. (VOIR)

Samedi 16 novembre – 18:00 – Rocher de Palmer – Cenon
Omax / Bernard Lubat, Gérard Assayag, Benjamin Lévy, Marc Chemillier / Improvisation

L’humain contre la machine. C’était déjà le cas pour les échecs mais avec la musique, c’est une autre histoire. Parce qu’on ne joue pas contre mais avec. Avec un ordinateur devenu une véritable machine à improviser. Mais pas au hasard : l’IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique, créé par Pierre Boulez) a travaillé avec la compagnie Lubat pour développer un logiciel qui capte les improvisations humaines, des phrases musicales entières qu’il avale pour les recracher en y introduisant de subtiles variations, apprenant à jouer au fur et à mesure, au contact du musicien. Bernard Lubat a accepté le défi, le combat se déroulera au piano et synthétiseur et il ne devrait pas y avoir d’autre gagnant que la musique. (VOIR)

Samedi 16 novembre – 18:00 – Centre d’animation Bastique – Queyries – Bordeaux
Les banquets littéraires de la Manufacture Atlantique

C’est à table que ça se passe. Il finit toujours par se passer quelque chose lors de ces longs banquets où la fatigue aidant, l’alcool, un rien de satiété languide, finissent toujours par desserrer les cordes qui enserrent les silences familiaux. Vous aussi êtes invités, à cette même table où l’on fête l’anniversaire de Cal, petite-fille d’immigrés grecs fuyant les Turcs pour trouver refuge aux États-Unis. Lolita désormais typiquement américaine, elle découvre aussi qu’elle est un garçon. Ce pourrait n’être qu’une quête intime mais c’est également une saga familiale qui englobe les deux générations, de celle qui dû choisir un continent à celle qui doit choisir un sexe.

Installé à Bordeaux depuis 2010, le Collectif Crypsum s’est spécialisé dans l’adaptation pour la scène de textes qui n’y sont pas destinés. Nos parents, d’Hervé Guibert ou encore L’homme qui tombe de Don De Lillo ont déjà succombé à leur bonheur d’adaptation.

Tiré du roman “Middlesex” de Jeffrey Eugenides, ce banquet littéraire propose aux spectateurs, devenus convives, de se mettre à table aux côtés des comédiens, qui changent de rôle selon les besoins du récit en cours. En décalant les codes du spectacle traditionnel, le Collectif Crypsum, habitué à adapter des oeuvres littéraires, vous invite à partager un texte à l’humour immédiat et les plats exotiques cuisinés en live par les équipes de QuiConcept. (VOIR)

Samedi 16 novembre – 20:00 – place de la Comédie et Grand Théâtre, Bordeaux
Soirée des improbables, soirée d’ouverture du festival Novart 2013 / Musique et danse

Hamid Ben Mahi, Velotronix – Jo Zanders, Tukafac – la batucada du campus, Tribal Bitûme et Per’culture, N’Y Posse, Animaniaxxx, les danseurs du centre d’animation Argonne Nansouty Saint-Genès, le CCN de la Rochelle – Kader Attou et Bumcello (VOIR)

Mardi 19 novembre – 20:30 – Le Cuvier CDC d’Aquitaine – Artigues
C’est l’oeil que tu protèges qui sera perforé / L’Association Fragile, Christian Rizzo / Danse

L’exil… et la mélancolie qui va avec. Un homme seul, avec seulement un sac à dos d’où il sort un peu de terre de son ailleurs, et une caisse contenant les lettres qui forment les mots « Here » et « There ». « Ici »et « Là-bas » mais c’est ici et maintenant que cet homme se transforme en danseur. Par bribes, par quelques objets insignifiants mais chargés d’affect, par fragments dansés, sortes de haïkus corporels qui sont autant d’études chorégraphiques à la manière d’études graphiques qui se juxtaposent pour métamorphoser Kerem Gelebek.

Christian Rizzo a trouvé en lui son alter ego, exilant son désir de remonter sur scène dans le corps d’un autre. Cette sixième collaboration en cinq ans est leur premier solo et il est devenu pour le chorégraphe un laboratoire permettant de traduire sa pensée en mouvements. Leur solitude partagée à deux oscille entre la furie qui habite le corps quasiment démembré du danseur turc jusqu’à un apaisement mélancolique lorsque de l’éloignement nait un autre chez-soi construit avec les morceaux d’un passé recomposé au fur et à mesure. (VOIR)

Mercredi 20 novembre – 20:30 – Rocher de Palmer – Cenon
Vous n’étiez pas là / Cie Pension de famille / Théâtre

Laurence de la Fuente a rencontré Nico un soir à la radio. Ou plutôt, le texte d’Alban Lefranc qui parle de Nico, égérie wharolienne entre autres accomplissements. Biographie imaginée, qui prend la parole à la place de celle dont on parle, comme l’auteur l’a déjà fait maintes fois. La metteuse en scène de Pension de Famille a trouvé un texte à aimer, une façon d’exprimer le désir de Nico de n’avoir jamais été connue, de disparaître comme une forme de résistance.

Sur scène, c’est la comédienne-plasticienne Isabelle Jelen qui incarne la star rétive à son statut, seule face aux micros qui spatialisent sa voix en différents endroits. Elle dit « je » et c’est Françoise Lebrun qui dit « elle » en voix off lorsque le point de vue change. Elle qui fut actrice chez Jean Eustache et servit de voix chez Marguerite Duras a connu la génération Nico, celle d’une époque où tout semblait possible. Une époque dont Laurence de la Fuente garde une nostalgie en filigrane dans son travail, une esthétique qui aime la désuétude d’un temps où la maladresse était permise. (VOIR)

Jeudi 21 novembre – 19:45 – Théâtre des 4 saisons – Bordeaux
Rencontre improbable / Arnaud Méthivier & Hamid Ben Mahi / Performance

Après « Les Inventeurs » l’an dernier, les « Rencontres improbables » irriguent novart cette année. Une petite musique, un leitmotiv comme une note de basse constante et légère qui rythme le festival impulsé par le chorégraphe Hamid Ben Mahi. Des rencontres, on en fait tous les jours, certaines improvisées, d’autres savamment calculées, parfois même par le truchement glacial d’un écran d’ordinateur. Et les artistes dans tout cela ? Est-ce qu’ils ont un site de rencontres qui leur permettrait de mettre leurs espoirs en jeu ? Novart pourrait être cet espace où les désirs se croisent et se trouvent, de ceux qui mettent en jeu des univers différents. Comme la rencontre de l’accordéon et du hip-hop. Au delà des clichés sur ces disciplines, Arnaud Méthivier et Hamid Ben Mahi ont l’habitude de se retrouver, le danseur et l’improvisateur à l’accordéon ont déjà vu leurs routes se croiser, créant un paysage différent à chaque fois.

Initiateur de l’idée, porte-parole de ce grand chambardement, le chorégraphe se met à contribution pour donner l’exemple avec sa carte blanche (page 30) qui signera un moment fort d’effervescence autour de l’Algérie et de ses invités. Il joue aussi des contrastes incongrus entre deux langages du corps. Celui, minimaliste, lent et poétique du butô (Carlotta Ikeda) et celui, énergique et violent, rapide et saturé d’effets du hip-hop (Hamid Ben Mahi). Mais les deux danseurs se connaissent et maîtrisent suffisamment leur art pour pouvoir les allier, les fusionner.

De se colleter à la rencontre à se colleter réellement il y aussi cette « Bataille » dont Pierre Rigal a réglé les assauts. Le chorégraphe multi-arts, complice régulier du circassien Aurélien Bory dont il règle les mouvements, retourne presque à ses premiers pas cinématographiques avec cette courte pièce confiée à Hassan Razak et Pierre Cartonnet. Ou comment se battre élégamment, avec cette chorégraphie esthétisant la violence que l’on retrouve sur grand écran mais que l’on a rarement l’occasion de voir sur scène, sorte de danse d’une violence stylisée tenant tout à la fois du cirque, de la danse, des percussions corporelles et de la peignée de la cours de récréation. (VOIR)

Jeudi 21 novembre – 20:30 – M.270 – Floirac
De quoi tenir jusqu’à l’ombre / Compagnie de l’Oiseau-Mouche, Christian Rizzo / Théâtre et danse

De la contrainte naît la créativité. Ici, la demande était de concevoir une oeuvre appréhendable par un public non-voyant comme voyant et qui devrait permettre aux seconds de saisir comment les premiers perçoivent le monde. Une contrainte dans laquelle Christian Rizzo a embarqué les comédiens de la Compagnie de l’Oiseau-Mouche. Depuis 1978, cette compagnie est composée de comédiens en état de handicap et ne travaille qu’avec des metteurs en scène de passage, séduits par le projet comme Christian Rizzo l’a été par leur ténacité.

De fait, il est parti de cette figure imposée pour trouver un sujet et une approche chorégraphique. Le regard, celui que l’on porte sur soi-même, son impossible objectivation sont alors venus comme des évidences. Onirisme, atmosphère sombre et élégiaque, lenteur envoûtante rappellent que chez ce chorégraphe, le mouvement n’est pas lié seulement au corps mais à l’espace qu’il fait entièrement habiter par les cinq comédiens. Au-delà de ce travail, il y a celui de la danseuse Valérie Castan qui a réalisé une audiodescription du spectacle, ce qui n’avait jamais été tenté pour la danse. Un nouveau vocabulaire est né de cette expérience, une grammaire inédite qui traduit en mots ce qui paraissait indescriptible. (VOIR)

Vendredi 22 novembre – 20:30 – Rocher de Palmer – Cenon
le grand bal Boeuf / Compagnie Lubat  / Improvisation

Le bal est la pierre angulaire de la musique traditionnelle dont s’est emparé avec gourmandise la Compagnie Lubat pour la parer des sonorités du siècle. Reggae gascon, sambaquitaine, on trouve tous les croisements possibles dans ce grand creuset qui se sert de la tradition pour jeter les habitudes par dessus les moulins. L’accordéon de Michel Macias connaît bien ces chemins tortueux qui mènent partout où l’on veut aller, de même que les fifres de Christian Vieussens ou de Sylvain Roux, tous compagnons de route de la Compagnie Lubat dont ils empruntent les détours musicaux, sans oublier Los Gojats et des étudiants du C.R.R de Bordeaux trop heureux d’en être.

Avec La Compagnie Lubat, l’accordéon de Michel Macias, les Fifres de Christian Vieussens et Sylvain Roux, Los Gojats et une séléction d’élèves du conservatoire de Bordeaux (VOIR)

Dimanche 24 novembre – 15:30 – Rocher de Palmer – Cenon
Focus Djazaïr / Kheireddine Lardjam, Diwan de Biskra, Camel Zekri, Hamid Ben Mahi / Théâtre et performance

Chorégraphe associé à la conduite artistique de cette dixième édition de novart, Hamid Ben Mahi a disséminé ses envies et ses enthousiasmes tout au long de cette quinzaine. Avec une Carte Blanche qui lui donne le loisir de faire découvrir deux artistes coups de coeurs dont le langage est révélateur de son identité humaine autant qu’artistique.

Le poète comme boxeur est une mise en espace, en voix et en musique du recueil de textes éponyme de Kateb Yacine, homme de lettre communiste mais sans parti, à la fois internationaliste et profondément algérien. Kheireddine Lardjam a monté ce texte en 2011, pièce supplémentaire d’un travail qui oscille depuis 1996 entre des textes d’auteurs arabes et occidentaux. Porté par sa compagnie El Ajouad, du nom de l’oeuvre du premier dramaturge assassiné par les islamistes, ces textes sonnent comme une poésie désabusée et nostalgique sur l’Algérie, mais sont aussi et surtout porteurs d’un message de résistance.

Cette journée algérienne se double d’une rencontre qui est tout sauf improbable entre Hamid Ben Mahi et le Diwan de Biskra. Issu de cette ville algérienne où se sont mélangées les cultures Bambara, Zerma, Haoussa, ou encore Peul, entre le monde arabe et le monde noir, le diwan est l’ensemble le plus emblématique de ce lieu où toutes les musiques se confrontent et se fondent. Initialement réservé aux cérémonies, il a quitté ce cadre sous l’impulsion de Camel Zekri, héritier d’une famille qui maîtrise depuis longtemps cette tradition où les sons et l’oralité se mêlent et se répondent. Celui-ci a poussé les musiciens traditionnels à se frotter aux origines multiples de la musique qu’ils pratiquent, à oser les rencontres les plus surprenantes comme avec la musique contemporaine, à transmettre leur savoir. À devenir en quelque sorte une passerelle entre des mondes. C’est autour de la transe inhérente à l’aspect cérémoniel du diwan que celui-ci vient à la rencontre du chorégraphe Hamid Ben Mahi. (VOIR)

Vendredi 29 novembre – 20:30 – Le Cuvier CDC d’Aquitaine – Artigues
Cartel / Michel Schweizer, La Coma / Danse

« Cartel », ou du danseur vu comme un ascète, ermite du corps, moine de sa discipline qui l’extrait du quotidien commun, de la fureur du monde. Mais qui est bien obligé d’y revenir un jour car le corps s’use. Si le danseur est rattrapé par le monde, pourquoi le spectacle ne le serait-il pas, un peu, lui aussi ? Il sera donc éco-responsable, recyclant d’anciens danseurs-étoiles et faisant produire l’électricité dont il a besoin par des cyclistes intégrés à la scénographie. En cas de faiblesse, fatalement, la lumière baisse, il faut faire avec la déception de ne pas tout voir, accepter que le capital humain puisse enregistrer des pertes sèches. La bourse de la vie fluctue, elle aussi. (VOIR)

Samedi 30 novembre – 20:00 – CAPC – Bordeaux
Rencontre improbable / Carlotta Ikeda & Hamid Ben Mahi / Danse

(VOIR)

Samedi 30 novembre – 20:30 – Le Cuvier CDC d’Aquitaine – Artigues
Cartel / Michel Schweizer, La Coma / Danse

(VOIR)

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