Il était une bergère # 1 La visite du troupeau

Le 5 février, Rachel Léobet, la nouvelle bergère du parc des Coteaux, accompagnée de membres et partenaires du parc LAB, a rencontré, pour la première fois, ses futures brebis à la bergerie des Matruques. Récit Aline Chambras.

Rendez-vous est donné sur le parking du centre commercial des Quatre-Pavillons pour un départ groupé en minibus. Sont présents Benjamin Chambelland et Natan Torres du GPV Rive Droite ;  les responsables des espaces verts de Cenon, Bassens et Floirac – Julien Briton, Gabriel Lombardo et Philippe Gravereau – et Alex Vinci, agent technique à la Ferme des Iris. Au volant, Emmanuel Nagoua, écologue à Lormont. La bergère, Rachel Léobet, suit dans son vieux camion avec sa jeune chienne Oyat. Direction la ferme des Matruques, perdue au bord d’une route rectiligne bordée de pins, quelque part entre Saint-Aubin du Médoc et Salaunes.

C’est là que depuis 2015, le Conservatoire des Races d’Aquitaine a installé sa bergerie. Jeanne de Lignerolles, chargée de mission au Conservatoire accueille la petite troupe. A ses côtés, Michel Mouton et sa femme Isabelle Ortusi, responsables de la ferme conservatoire du Domaine de Jarry où ils élèvent depuis plusieurs années des races locales et anciennes, un temps menacées de disparition : le mouton landais, le porc gascon ou encore la poule gasconne. On n’attend plus que Jean-Michel Le Corre, le berger du Conservatoire : c’est lui qui sait où son troupeau paît, à quelques kilomètres d’ici.

a la ferme des Matruques - St Aubin du Médoc

Photo Natan Torres

Pour s’y rendre, il n’y a qu’un chemin, droit et cahoteux. Il faut ensuite marcher le long des pins et des bruyères avant d’apercevoir brebis, béliers et moutons, en lisière de forêt, amassés les uns contre les autres. « En tout, il y a 400 bêtes, mais tout le troupeau n’est pas ici », indique Jean-Michel Le Corre. Toutes sont de race landaise, une race rustique, victime d’un déclin progressif dès le début du XXe siècle quand il fut décidé sous Napoléon III de transformer le territoire humide de landes, dédié à l’élevage ovin, en forêts de pins. « Avec la plantation de jeunes pins, le pâturage et la transhumance ont été tout simplement interdit, l’économie locale a dû évoluer et les moutons landais ont été délaissés », explique Michel Mouton.

Photo Aline Chambras

« Il faut dire que c’est une race sans qualité », poursuit-il en souriant :  « une laine rêche, pas de lait, pas de viande, à l’exception de celle des agneaux, délicieuses ». Sans qualité certes, mais d’une rusticité totalement adaptée à l’économie locale des Landes de l’époque : « Oui, cette race rustique permettait de faire fonctionner un système économique et écologique structuré », continue Michel Mouton, «  la laine servait aux bergers et à leurs famille pour tisser des habits grossiers ou rembourrer des matelas, les agneaux étaient vendus aux riches et surtout ces moutons, capables de manger presque n’importe quoi, servaient à transformer la lande basse en fumier et permettaient ainsi aux locaux de bénéficier de culture vivrière : avec 100 moutons, on fertilisait 1 hectare ! » Une race avec les qualités de ses défauts donc ! C’est d’ailleurs pour cela que le Conservatoire des Races d’Aquitaine a décidé de la « ressusciter ».

Photo Aline Chambras

Dans le chemin boueux, face au troupeau, Rachel Léobet discute avec Jean-Michel Le Corre. La jeune femme s’enquiert des habitudes de celles qu’elle emmènera bientôt s’installer à Triboulet à Cenon, avant d’entamer en mai une transhumance au travers du parc des Coteaux. « Ces animaux sont légendaires pour moi », commente-t-elle, « j’espère ne pas trop les perturber en leur faisant quitter leur terre natale ». Sur les 400 têtes du troupeau du Conservatoire, une trentaine migrera sur la Rive Droite. Le cheptel sera constitué uniquement de femelles. « Nous ne souhaitons pas que naissent des agneaux pour le moment. Nous devons commencer ce projet progressivement, détaille Benjamin Chambelland. Les brebis seront choisies en fonction de leur âge, de leur caractère et surtout de leur capacité à être guidées assez facilement en milieu urbain.

Photo Aline Chambras

« A Triboulet, elles seront heureuses comme tout », estime Michel Mouton « elles auront largement de quoi manger et les espaces sont vastes. » Jean-Michel Le Corre approuve : « En hiver, ces bêtes ont l’habitude de se nourrir de la végétation pauvre qu’elles trouvent dans les plantations de pins. En milieu urbain, elles trouveront une végétation bien plus nourrissante et elles devraient apprécier ! » Au final, hormis Rachel, personne ne s’inquiète vraiment pour ces brebis, réputées pour leur grande résistance au stress. En fait, c’est surtout la réaction des humains qui pourraient poser problème : «Il y a ceux qui seront tentés de voler les batteries ( des barrières électriques des enclos NDLR), ceux qui essaieront de chaparder les bêtes et ceux qui voudront leur donner n’importe quoi à manger, il faudra faire un travail d’explication en amont », souligne Jeanne de Lignerolles.

Un travail que Rachel entend mener tambour battant. En postulant au poste de bergère du parc des Coteaux, elle sait qu’elle a fait le choix de l’humain : « Dans le parc des Coteaux, je serai amenée à avoir de nombreux contacts humains, et c’est ça qui m’a décidé. J’ai envie de réveiller les gens, de faire renouer l’Humain avec l’animal, le monde urbain avec le monde rural et peut-être de créer des vocations ».

 

Auteur : Aline Chambras

 

Rendez-vous début avril pour l’épisode # 2 : l’installation des moutons à Triboulet…


A propos du pâturage

L’expérimentation d’un pâturage itinérant dans le parc des Coteaux, initiée en 2019,  est un projet du parc LAB, le laboratoire du parc des Coteaux, démarche collective rassemblant élus, directeurs de service et jardiniers des 4 villes de Bassens, Lormont, Cenon et Floirac pour mettre en œuvre une gestion écologique des 10 parcs municipaux* constituant le parc intercommunal des Coteaux.

L’objectif majeur du pâturage est de mettre en place une gestion écologique des espaces de prairies présents dans le parc des Coteaux. D’une surface totale de 60 hectares, ces espaces de prairies portent un enjeu fort de préservation des espèces animales et végétales en adéquation avec les usages quotidiens des parcs. Des papillons tels que l’Azuré du serpolet (Phengaris arion) ou le Citron de Provence (Gonopteryx cleopatra) se développent dans ces prairies calcaires spécifiques des coteaux de la rive droite de la Garonne.

Le projet de pâturage du parc des Coteaux est porté par les communes de Bassens, Lormont, Cenon et Floirac, le Grand Projet des Villes Rive Droite, Bordeaux Métropole, le Département de la Gironde et la Région Nouvelle Aquitaine.

 

* il s’agit des parcs de Beauval, Rozin, Panoramis et Séguinaud à Bassens ; Carriet et Ermitage à Lormont ; Palmer et Cypressat à Cenon ; Sybirol, Castel et Burthe à Floirac

 

 

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